
Profession de foi
Je
plaide coupable
Les
méandres de ma peinture désarçonnent ? Je
plaide volontiers coupable : peintre, je
ne veux pas monter le même cheval pour trotter imperturbablement
sur un chemin en boucle. Ma
promenade me conduit souvent sur une ligne de crête. Ici,
la Vallée de la Seine, onduleuse sous le vent, là celle de l’Epte,
plus intime, flirtant parfois avec de vieux amants. Toutes deux féminines. Éponge
gorgée d’une lumière opalescente, avançant un pied de chaque côté
de la crête, j’ose m’imaginer au-delà de la figuration et de
l’abstraction. Espérant qu’en peinture aussi, le métissage donne
naissance à de beaux enfants. Ils
ne sont pas bavards. C’est que ma génération a trouvé dans son
berceau le refus du discours, le silence de la peinture, tel que
l’entendait Georges Bataille parlant de Manet. Ainsi ajoutait-il le
peintre peut se donner alors librement au chant des formes et des
couleurs, à la recherche d’un nouvel ordre de formes, un nouveau monde. Notre
époque trouée par tant de cratères, agitée par tant de maelströms
meurtriers, écartelé et ravagée par tant de torrents, de tempêtes, de
désastres exterminateurs, mais aussi apaisée par ces fleuves
tranquilles, éblouie par des paysages utopiques, engendre ses langages. De
nouveaux outils permettent de nouvelles formes d’expression : ils
ne rendent pas pour autant caduques les anciennes. Les avant-gardes
artistiques de ce temps sont nécessairement multiples et plurielles. Plus
aujourd’hui qu’hier.
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