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PRESENTATION
Maya et moi, avec la complicité du maître de céans Yves Chevallier,
vous avons convié à faire une promenade, une visite de cette exposition
« Ailleurs, ici ».
Cette visite n’est pas à proprement parlé un spectacle. Nous l’avons
désigné par trois mots : Lecture, peinture, posture
Lecture :
Ont été convoqués Apollinaire, Aragon, Balzac, Baudelaire, Char, Françoise
Dax-Boyer, Eluard, Michaud, Tardieu, Marguerite Yourcenar et quelques
autres… Les textes cités, détournés, découpés sont devenus une sorte
de collage : collage destiné à solliciter l’imaginaire, à diffuser une
lumière sur les œuvres exposées. Ils sont aussi une musique, une rythmique.
Peinture :
Le choix des toiles accrochées dans les Ecuries du Château est évidemment
arbitraire. Pas si arbitraire que cela… Parmi elles, nous avons choisi
certaines œuvres : chacune de ces peintures dialogue avec la danse,
les postures, l’univers de Maya. Maya, danseuse de Barata Natyam dans
la tradition de Thanjavur de l’Inde du sud.
Nous nous déplacerons ensemble dans 4 quatre salles des Ecuries. (je
vous demande de bien vouloir être groupés autour de moi). Cette visite
se présentera à vous comme une succession de tableaux, ce mot étant
entendu au sens qu’il a dans certains spectacles.
I – « Un jardin bleu rêvé »
Avant de pénétrer dans ce jardin, il vous faut traverser les paysages
du Vexin, rêvés eux aussi.
Là « les collines s’ouvrent » puis « se reposent ». Face à elles, «
des soleils furieux », « un matin de tempête » sont « des ex-voto des
ténèbres ». Ici... « la vallée vole et vire ». Vus d’un planeur « le
soleil couleur d’avril animait un ciel végétal... il brûla les racines
et les sommets disparurent »
La lumière devient tendresse….nous voici « Ailleurs ». Vous pouvez,
suivant Aragon, entrer dans ce « jardin bleu »
« C’était un jardin bleu tintant comme un cristal
Où les pieds fabuleux marchaient sur des pétales
Et cependant ces fleurs jamais n’étaient fanées »
(bis)
II –« Jour et Nuit »
En franchissant cette porte, vous voyez « Infinitude » :
« Ce qui ne commence pas…
Ce qui ne finit pas…
Comme les nuits…
Comme les jours… »
Et voici les trois cercles de lumière :
« Jour et nuit »
« Jour et nuit, Nuit et jour »
« Nuit et jour »…..
Avec ces cercles de lumière, Charles Baudelaire questionne :
« Le jour suivait la nuit...
Le jour suivait-il la nuit...
Ou la nuit... le jour ?... »
III – « Les Pihis »
Figurez-vous que durant de longues nuits et de longues journées, les
Pihis voyagèrent. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Apollinaire connaît
ce secret.
« De Chine, sont venus les Pihis,
Longs et souples
Qui n’ont qu’une seule aile
Et
Volent par couple »
Ces Pihis là ce sont posés dans la forêt en Castagniccia. Ils nichent
dans les troncs des châtaigniers.
« Il n’est pas un site de forêt qui n’est sa signifiance,
Pas une clairière, pas un fourré qui
ne présente des analogies avec le labyrinthe des pensées humaines ».
Après ce que vient de dire Balzac, Tardieu nous propose d’aller :
« Dans la forêt aux allusions multiples….
Suivez votre hôtesse les yeux fermés, sauf pour savourer les images
de son livre »...
Les Pihis n’ont qu’une aile, Ils volent par couple.
IV – « Ifrit »
Je vous présente maintenant « Ifrit ». Il danse là haut, dans la salle
des gardes. Mais ici, « Ifrit » est musical. Ifrit est un mot sanskrit.
La langue écrite et parlée de l’Inde ancienne...
Ifrit signifie génie, Un Génie...
Comme ceux des Mille et Une nuits...
Celui d’Aladin par exemple...
Ces contes orientaux m’ont toujours charmé, fasciné... Ma curiosité
titillée, je suis allé aux sources des Mille et Une nuits, lesquelles
sont arabes mais aussi indiennes...
V- l’Inconnu
Si mon « Ifrit » est identifié, par contre , avec ce mur vous êtes encore
« Ailleurs ». Dans la « sérénité » peut être. Dans le « silence » et
la « spatialité »... Bref, dans « l’Inconnu ».
Un grand peintre, à la fin de son œuvre, demandait :
« Qui sommes-nous,
Où allons-nous ? »...
Dans Inconnu il y a... connu... Certains scientifique, philosophes nous
disent que notre espèce porte en elle des traces du passé de l’univers.
Pas seulement celles de l’hominisation. Ce triptyque est traversé par
une ligne de vie, une ligne venue de loin découvrant des formes humaines...
Connu, inconnu,
Et René Char disait :
« Comment vivre sans inconnu devant soi »
VI – « Incandescence »
Nous voici revenus, le temps d’une respiration, dans un univers plus
familier. Des couleurs, un espace tout proche... Un paysage surréel.
Henri Michaux, peintre et poète, nous
parle d’
« un oiseau qui traverserait des nuages
Et que des nuages tra- verseraient »
C’était bien le temps d’une respiration, nous sommes revenus devant
une sorte de genèse. « Incandescence »… celle supposée des origines.
« Une grande flamme sensuelle transmutait tout
Comme celle d’un athanor alchimique »
VII – Joan Mitchell
Je vais déroger à mon parti pris. Disant ces collages je n’ai pas toujours
cité le nom des poètes dont j’ai emprunté les mots. Il faut que je vous
dise maintenant que la dernière citation accompagnant Incandescence
était due à une grande dame... Marguerite Yourcenar.
« J’abats mon jeu » en vous confiant que la féminité concentre pour
moi toutes les beautés du monde. Allons donc à la rencontre de Joan
Mitchell. Depuis Claude Monnet, Joan est à mes yeux l’artiste la plus
admirable de cette grande vallée. Cette œuvre intitulée « Conversation
avec Joan Mitchell » se situe bien entendu sur les rives de la Seine.
Maya y est invitée... Sa danse est un
hommage à Saraswathi, nom qui est à la fois celui du fleuve et de la
déesse de la connaissance et des arts. En Inde, la connaissance est
féminine : intelligence et beauté, musique et rythme, chant et danse.
Maya participe ainsi à cette « conversation avec Joan Mitchell », peinte
au bord de Seine. Vous pouvez maintenant continuer la visite de l’exposition
en allant dans l’escalier d’honneur où vous attend la sculpture lumineuse
créée pour ce lieu.
Françoise Dax-Boyer, poétesse, lui a dédié ces vers :
« Seize juin 2007
Entre chien et loup
Le donjon
Au masque de craie
Veille.
Derrière la grille
En haut des porches
Brille
Une lumière
Le rectangle de verre
Haut en couleurs
Donne forme
Au vide
Il éclaire la voûte
De mille feux
Comme une étoile
Il est clair
Comme toi »
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